Actus

MED CUP 2013: EPISODE 1

28|05|2013

PATIENCE

Vendredi 24 mai, toute la petite famille Néry s'envolait pour Mirtos, petit village au sud de la Crête, pour 2 semaines de préparation suivie de la 5eme Med Cup. Mon objectif est clairement annoncé :  essayer de reprendre le record du monde en poids constant, détenu par Alexey Molchanov à -126m. Qui dit objectif, dit planification. Avant mon départ, j'ai déjà effectué quelques plongées d'acclimatation et d'adaptation à la profondeur. 70m, 80m, 90m, 100m, 105m et 108m. Bien sur avant cela, 5 mois de préparation intense avec ski de fond, vélo, muscu, et apnée dynamique en piscine. Après une journée de récupération le samedi, le plan était d'attaquer dimanche par une plongée d'adaptation et de reprise dans les nouvelles conditions sur 100m, puis d'enchaîner le lendemain sur la progression entamée à Nice avec une plongée à -110m. Mais voilà, dans une activité outdoor, dépendant de nombreux facteurs non maîtrisables, les plans sont rarement respectés. Dimanche, problème technique de bateau et lundi, météo capricieuse. Première plongée donc mardi matin, après 3 jours sur place d'attente. Quelle profondeur choisir ?  2 possibilités :  le choix de la sagesse absolue, rester fidèle au plan initial avec 100m, suivi de 110m le lendemain. Mais problème, la météo annoncée le lendemain est pessimiste, donc risque de prendre encore du retard. Le choix plus engagé, faire l'impasse sur la plongée de 100m, considérant que 3 jours de repos sont largement suffisants et que le dimanche j'ai pu faire quelques descentes sur 45m pour m'adapter. Je choisis l'option engagée, en précisant quand même que l'engagement reste dans le cadre sportif, mais n'est en aucun cas une prise de risque vitale.
Les conditions météos sont parfaites :  mer d'huile, d'un bleu profond, 30 mètres de visibilité, 22 degrés. Physiquement je suis bien reposé. Les conditions semblent réunies. Et pourtant, beaucoup d'erreurs techniques à la descente et un manque de concentration évident me conduisent à tourner juste avant le fond, à -109m, au lieu de -110m annoncé. Je remonte sans problème, en pleine forme, mais frustré et lucide quant aux raisons de ce faux-pas. En apnée profonde, je considère que la performance est optimisée si 3 facteurs sont réunis :  l'environnement, le corps et le mental.

- L'environnement, c'est l'équipe, la sécurité mise en place, le lieu, l'énergie et les affinités avec ce lieu, les conditions météos.

- Le corps, c'est le niveau de préparation physique, l'adaptation à la profondeur, l'aisance en apnée, le niveau de relâchement, la technique.

- Le mental, c'est l'envie et le niveau de concentration

Ces 3 facteurs sont tous dépendants les uns des autres.

Aujourd'hui, c'est au niveau mental que j'ai failli, avec une incidence directe sur le relâchement et la technique. L'envie était bel et bien là, pas la concentration. Ces 3 premiers jours sur place, dans ce nouvel environnement, en famille, à attendre cette première plongée, m'ont fait totalement sortir du contexte. C'est bien pour ça que je prévois toujours comme première plongée dans un nouveau lieu, une profondeur largement maîtrisable (100 mètres) en toute circonstance pour prendre mes marques et lancer une dynamique. J'ai manqué à ce principe fondamental, pressé par le temps et les impératifs du calendrier, dans l'idée de rattraper un peu de retard. Mauvaise option. -110m est ma performance maximale pour l'instant en 2013, et ne pardonne donc aucune erreur contrairement à une plongée à -100m. Cette petite erreur met en évidence une nouvelle fois un des principe pilier de ma progression, qu'il ne faut jamais remettre en question :  LA PATIENCE. La profondeur est une école de patience. Les facteurs extérieurs ne doivent jamais nous faire prendre les mauvaises décisions. Pas d'inquiétude car il y a eu beaucoup de bonnes choses dans cette plongée, notamment de bons indicateurs sur mon état de forme physique. Le seul prix à payer sera de devoir retenter 110m, pour le réussir cette fois avec la manière.

Retour a la liste des articles